Tuesday, January 22, 2013

Logothètes à nos mesures


1) Logothètes à nos mesures, 2a) Le PIE, a-t-il existé?, 2b) Discussion de Proto-Langue Réelle ou Non, approfondie par référence à Ruhlen, 3) Mythologie Nordique - indo-européenne ou proche-orientale? Transmission par Odin?, 4) Corrigeant arte sur Apfel, Pomme, Mela

Hier on me vient de dire que blogguer est en québecquoué "clavarder". Aujourd'hui je viens d'apprendre que ce n'est pas le cas, car clavarder veut dire tchatcher et non pas blogguer (autrement chaque journaliste serait lui aussi un clavardeur - sauf ceux qui "bavardent" encore avec plume plutôt qu'avec machine avant leur publication). Tandis que je tchatche moins, je bloggue autant plus.* Ce qui ne se dit pas, que je sache, "clavarder" en québecquoué. Mais je n'ai pas mal pris, on peut charactériser chaque acte d'informations données aux autres comme bavardage. N'empêche, le mot clavarder n'est pas une racine protoindoeuropéenne, c'est un mot-valise pour clavier et bavarder. Ainsi que clavardage pour tchat et ainsi de suite.

Un mot-valise n'est pas un mot hérité, c'est un mot inventé par quelque logothète. Rappelons, Dieu est le logothète qui donna à Adam la langue avec sa grammaire, lui-même est dans cette langue le logothète pour les noms des animaux, Dieu se refait logothète pour les nouvelles langues après Babel, et Socrate et logothète pour le mot logothète comme pour pas mal d'autres choses dans la philosophie. Plus récemment Tolkien se fait logothète pour Quenya et Sindarin, et ... chaque mot-valise, chaque expression de verlan ou d'autre argotique, repose sur un logothète.

En anglais je viens de constater que si Merritt Ruhlen a raison qu'il n'y a que 32 grandes familles de langues, alors les 72 nations issues des petit-fils et arrière-petit-fils de Noé, ayant chacune sa langue après Babel, doivent avoir soit été programmés avec affinités en avance, soit les langues doivent s'être rapprochées depuis, comme le russe et le norvégien en russenorsk ou comme les langues balkaniques où le roumain des langues romanes et le bulgare des langues slaves partagent l'article défini suffigé, et où le roumain et le grec partagent la forme unique pour à la fois génitif et datif, et où le roumain seul parmi les langues romanes préserve le neutre, également présent en grec et en slave. Donc, ce qu'on appelle Sprachbund.

Et pour arriver des différentes langues qui partagent tant des mots, tant des racines ayant parfois des usages légèrement différents ("nepot-" pour soit neveu soit petit-fils, par exemple, "frater" pour frère et "φρατωρ" comme confrère d'une confrérie et ainsi de suite) par la voie de Sprachbund plutôt que par la voie de l'origine commune, on a besoin de pas mal de logothètes qui mélangent les langues très consciemment.

Il y en a eu?

Prenons le mot "un". En germanique, italique, celtique le mot primitif doit avoir été oinos.

Germanique: oinos > ainaz > ein, een, one etc.
Celtique: oinos > oin > aon pour l'irlandais et, crois-je me souvenir un pour gallois
Latin: oinos > oenos > unos > unus (la forme classique).

En grec classique oinos est pourtant "vin". Repose sur un plus vieux woinos. "Un", par contre est heis, mia, hen d'un mot qui existe aussi en latin comme semel, singuli ... (une fois, un par un).

En baltoslave on s'attendrait donc, soit de oinos, soit de sem. Et sam existe en slave - dans la signification "seul", ou "un-même". Mais "un" c'est plutôt jeden en polonais, ce que je ne peux pas analyser et ... vienas en lithuanien.

Or, vienas ne repose pas sur oinos, mais sur woinos.

Je soupçonne fortement une blague, en absense du vin (plus tard quand la boisson de la vigne refera contact avec les Lithuaniens elle sera vinas), de la part d'un homme à la fois conscient du mot oinos="un" en latin-irlandais-germanique (ou possiblement en sa propre langue simplement) et du mot woinos en grec et probablement même du fait qu'il devient oinos dans les dialectes non doriques.

Encore, le lithuanien vienas ne reflète pas seulement woinos au lieu de oinos, ce qui est déjà étrange, mais en plus il y a une substitution de diphthongue ai > ié. En vieux prussien woinos donnerait vainas ou vains mais a en fait ains, le reflet loyal de oinos, mais le lithuanien a vienas.

Peut-être mon patriotisme locale de Vienne en Autriche m'égare, mais je soupçonne encore un jeu de mots.

Un logothète conscient du fait que le v en vienas vient de Fοινος a pu chercher les mots pour la boisson chez les Autrichiens.

Wain? Non. Pas encore. À une certaine époque vin était wîn, comme Wien n'était pas encore wîn mais wi-en. Contraction de Wieden, qui donne le mot polonais pour la ville.

Or, vainas était plus proche de wien que de wîn, d'où la substitution de diphthongue vienas.

"Mais ça ne tient pas debout! Vienas est un seul mot, et la substitution de diphthongue se retrouve en beaucoup des mots lithuaniens qui ont tous ié au lieu de aï!

Mais, cher vieux monsieur, ce ne sont pas tous les mots avec un aï qui se retrouvent avec un ié en lithuanien. En plus, un changement comme ça peut commencer précisément dans un seul mot jusqu'au moment où ne reste même pas un seul mot (ou juste un ou deux communs) qui préservent la vieille forme phonétique, et entre ces extrèmes du processus de plus en plus mots sont affectés.

Ceci est même le processus normal de changement phonétique. Ce n'est qu'après un tel processus complet que le changement peut sur le papier donner l'impression d'avoir été ... une substitution babélienne affactant un phonème. Mais ce genre ou d'autres genres encore plus vastes de substitution babélienne ne s'opèrent que la seule fois à Babel. Entre nous, comme nous l'apprend la sociolinguistique, les substitutions phonétiques ou autres s'opèrent parce que quelqu'un s'ose dans le métier de logothète quelque peu.

Et le mot "un" est un mot tellement commun qu'une substitution phonétique dans ce mot doive presque donner des substitutions phonétiques dans d'autres mots aussi, alors vienas doit donner d'autres ié pour aï précisément tant qu'on se souvient de la forme ancienne vainas.

Vainas > vienas?
alors:
-ai- > -ie- là aussi,
et là et là encore!

Et celui qui trouve encore un mot avec aï à refaire sur ié passe pour un génie tant que ça dure.

Si la substitution phonétique initiale s'opère pour un mot peu usité dans la plupart des discours, c'est plutôt probable mais loin de certain que: soit il regresse (surtout s'il s'agit d'une subsititution phonétique étranger au système phonétique de la langue), soit il demeure en isolé (comme une métathèse, cocodrillo pour crocodil par exemple).

Mais précisément si un des plus usités parmi les mots du vocabulaire trouve une forme nouvelle, cette substitution là peut devenir fertile, même au prix de changer le système phonétique. Vainas > vienas est tout un programme pour changer une langue proche du vieux prussien à une langue qui nous rappelle davantage le lithuanien connu. On dirait presque un "virus". Mais mon point en ceci est que vienas pour vainas ne repose probablement pas et vainas pour ainas presque certainement pas sur un tel virus, mais sur un jeu de mots, fait très consciemment.

Le même mot, a-t-on des jeu de mots là-dessus en d'autres langues?

Oui, et même avec la même consonne. One en anglais commence phonétiquement avec un w- que ni l'orthographe, ni l'histoire phonétique régulière (les réactions sur les virus déjà plantés, pour ainsi dire) explique.

Ainaz > ainz > ain en germanique westique.
Ain > ein en allemand.
Ain > ān en vieil anglais.

Regardons un peu les mots avec ei en allemand et ā en vieil anglais.

Kleid = clāþ > cloath/cloth (voyel abrégé)
Kleider = clāþas > cloathes/clothes (orthographe changé après cloth, mais voyel le euw attendu)
Eiche = āc > oak (euwk)
Bein = bān > boan/bone (beuwne, l'orthographe régulière étant la même qu'en one).

Ein = ān > oan/one
prononciation attendue après ces parallèles: euwne.

Prononciation de fait: oine! Ou, wanne, si l'on veut.

Qu'est-ce qu'il y a?

Bien, pour une chose, avec "euwne" comme prononcation de one, on aurait un homophone:

eigen = āȝen > oughn/own
prononciation attendue et réelle: euwne.

Dire wanne au lieu de euwne pour "un" est donc une méthode pour ne pas dire "son propre" au lieu de "un". "His one sheep" - "son unique brebis" (il a autrement des chèvres), mais "his own sheep" - "son propre brebis" (car il prend aussie ceux des autres villageois sur le pâturage). Pas des choses à confondre à la légère!

Mais il y a encore. Il y a probablement des parlers de l'anglais où wanne plutôt que wonne est la bonne prononciation pour won ("gagné"). Comme fils s'écrit son mais se prononce, comme sun, plutôt sanne que sonne. Quoique là, il pourrait y avoir un jeu de mots aussi: le Fils du Père étant le Soleil de la Justice ...

Donc, en anglais, "un" a donné un jeu de mots où "un=déjà un gagné" et en lithuanien "un" a donné un jeu de mots où "un=bon cru". Ou même un jeu de mots sur "ein Wein aus Wien" (un vin de Vienne).

Mais qui dit jeu de mots, dit par là aussi logothète. Et admis le logothète, il n'y a pas de raison de refuser un mélange suivi et voulu de deux langues, même s'il n'est pas abouti à les rendre identiques. Ou encore de plusieurs langues. Donc, les langues indo-européennes de Iavan (s'il parlait en très vieux grec plutôt qu'un pélasgien non-grec) et de Togorma (s'il parlait un germanique ou baltoslave plutôt qu'un finnois ou hongrois) se sont mutuellement rapprochées par l'action très consciente des logothètes, plutôt que de se diversifier seulement par l'action inconsciente des virus phonétiques. N'empêche pas, ceux-ci ont certes existés aussi de temps en temps.

La vieille théorie, pour laquelle l'hypothèse de Troubetskoï (l'ensemble indo-européen repose sur rapprochement plutôt que sur diversification) semblait tellement absurde est la théorie qui traitait de fait les changéments phonétiques comme résultas quasi automatiques de virus.

Or, on traite des agents vivants, volontaires et artistiques comme quelque chose aussi automatiques que les roues dentées d'une machinérie, on va faire une étrange théorie sur les phénomènes qu'ils produisent et qu'on documente. Comme les astronomes, en niant (ou en oubliant simplement) que les anges meuvent les astres, se trouvent obligés de traiter les mouvements observés des étoiles fixes par rapport aux autres comme "aberrations", "parallaxes", et (merci!) "mouvements propres" - mais les derniers uniquement linéaires par rapport à nous et en théorie inscrits dans les mouvements circulaires ou spiraliennes des galaxies (ou de la notre, les étoiles des autres étant trop éloignés pour montrer leurs "mouvements propres"). Et en oubliant ou niant que les anges controlent la luminosité de leurs astres non rocheuses, ils se trouvent obligés par les jeux de lumières de croire en exoplanètes pour la plupart non vues.

De même avec les logothètes dans l'ensemble indo-européen. On retrouve trop peu de familles de langues, juste 32 familles (dont l'amérindien) pour les 72 nations, et une famille de langue étant le résultat uniquement d'une diversification faite par changéments automatiques, les 32 familles doivent avoir chaqu'une une langue mère commune à elle, et si les familles sont en plus apparentées (Merritt Ruhlen a trouvé 27 racines en plus d'une famille, dont apparemment kun en 23 pour quis? qui?) alors elles doivent constituer encore une famille ayant sa langue mère. Ce qui donne un autre modèle rivale pour expliquer poiurquoi l'humanité ne parle plus qu'une seule langue mais plusieurs. Rien que pour le fait de nier ou d'oublier que des logothètes peuvent avoir une influence très grande.

On a aussi posé que les mots grammaticaux ne sont pas souvent empruntés. Mais alors ils ne sont pas souvent échangés non plus. Ce qui est faux. En Serbocroate avec Slovène, il y a chtokavien et kaïkavien selon les mots divers pour "qui". En suédois on dit "ne ... pas" ou "non pas" en trois manières, dont la plus usité est la plus récente: ej (eï), icke (iqueu), intet (ineteu), la dernière négation aussi intet (inetette) = "rien" mais désuète et remplacée par "ingenting" ...

Il y a en outre la prétendue automaticité et mécanicité des causes des changement linguistiques une autre raison pourquoi un linguiste de profession hésitérait (pour le moins) avant de se mettre d'accord avec moi là-dessus. Je viens de parler d'une logothète pour le lithuanien pas n'importe quel, mais untel qui savait que son probablement propre oinos = "un" égale phonétiquement le grec oinos="vin" et que celui-ci repose sur woinos. Ou qui sait que son propre ainas "un" < oinos : oinos "vin" < woinos.

Je reclame donc un logothète érudit - pour une langue qui manque écriture. Mais là, il n'est pas difficile de comprendre que quoique l'écriture soit devenue le moyen normale de l'érudition, il ne l'est pas exclusivement (on apprend quasi tous l'alphabet avec la proponciation dans la propre langue par tradition orale!) - et cette même difficulté de l'érudition avant l'écriture (qui n'en est pas une pour l'existence, juste pour sa reconnaissance devant les modernes) empêche aussi nos érudits de prendre au sérieux les renseignement historiques ayant passé par plusieur générations avant d'être mis en écriture.

À mon avis, si les peuples payens donnent des autres version que l'Hébreux pour la création, le conflit entre l'homme et le ciel, le Déluge, ce n'est pas parce que le manque d'écriture les empêche de retenir les choses correctement, ce qui aurait été une difficulté pour la tradition de la Genèse ou de ses parties avant d'atteindre Moïse, mais parce qu'étant payens et non pas seulement adorant des fausses divinités mais aussi défigurant parties de la loi naturelle, ils n'ont pas voulu retenir tout ça très correctement. Par contre, pour des choses plus récentes qui se déroulaient déjà sous paganisme, qui n'ajoutent pas à la révélation primitive - comme les Théologiens appellent les traces chez les paganismes du matériau de Genèse, ou plutôt ce dont les traces sont les traces.

Comme Chrétien je me dois d'avoir une vue des hommes responsables pour créations, changements et emprunts des mots comme pour la préservation des traditions historiques et religieuses, qui diffère sensiblement de la vue qu'ont eu les érudits (y compris allemands) depuis le XIXe siècle après le romantisme. Et une autre vue de ces mêmes hommes anonymes et prélitéraires qu'ont eu les positivistes français. Je suis d'accord avec Fustel de Coulanges en beaucoup mais avec Auguste Comte en très peu. Comme je crois que l'aurait été à ma place Gilbert Keith Chesterton.

Hans-Georg Lundahl
BU Nanterre
St Vincent, diacre et martyr
22-I-2013

*Ça ne veut pas dire que je ne clavarde jamais. Il y a des gens qui bavardent oralement avant de trouver le matériau pour leurs articles, comme je viens de faire hier en partie en écoutant la définition erronée de clavarder en bavardant avec des amis viva voce, mais ça n'empêche pas que je trouve mes matériaux assez souvent en clavardant avec d'autres amis à travers le ouaib.

2 comments:

Hans-Georg Lundahl said...

That one evening, what happened?

To je en večer, kaj se je zgodilo? (Slovène est kajkavien et donne une forme pour "un" qui semble identique à unus)

To je jedne večeri, što se dogodilo? (Croate est štokavien et donne une forme pour "un" plutôt slave, avec une autre chose irrégulière que le v- de vienas)

To jeden wieczór, co się stało? (Polonais est cokavien, même anomalie pour "un" qu'en Croate)

Hans Georg Lundahl said...

à propos "one"

Prononciation attendue après ces parallèles: euwne. Prononciation de fait: oine! Ou, wanne, si l'on veut.

Il semble que la transition se faisait en 1600 ou en 1500, et que la raison en est la suivante:

"one two"
se prononçait avant:
aûne tw
et après:
woune toû

C'est à dire, le w de "one" vient de "two". Certainement pas une "loi phonétique" régulière, comme on les cite communément!