Monday, July 15, 2013

Pour répondre à l'Abbé Carmignac (post humum)

Il a donné (publié Samedi 13 juillet 2013 à PRÉSENT mais qu'il avait écrit en 1982, il est d'ailleurs depuis décédé en 1986, que Dieu ait son âme) un exposé sur le fondamentalisme qui ne manque pas totalement de véracité. Mais qui est en même temps fortement dépassé par les fondamentalistes protestants qu'il y a eu depuis.



Source

En plus il manque de détail accessible déjà à l'époque.

Wilberforce, "évêque" anglicain qui avait fait (on prétend: "perdu") le célèbre débat contre Huxley, était High Church, son frère était converti au catholicisme, leur père était le célèbre abolitionniste. Aucun des trois ne peut être sans honte décrit comme Calviniste, sauf par un fourbe. Pourtant l'abbé parlait de "la stricte orthodoxie du calvinisme originel". Sans blague. S'il est au Ciel, il doit s'être mieux renseigné depuis. S'il est au purgatoire, conviendrait peut-être pour les prêtres qui prient pour son âme de faire pénitence pour le compromis sur l'inerrance biblique, qui est pourtant un dogme du Concile de Trente (maintenu contre les deux Sozzini et même contre Münzer qui l'avaient mise en doute en 1517, année où Luther confessait encore l'existence des Indulgences et du Purgatoire, voir les derniers thèses de lui condamnées en Exsurge Domine).

L'enjeu de bataille était d'importance : pour un protestant, dont la foi repose uniquement sur l'Écriture, si l'on met en péril l'inerrance de la Bible, tout est compromis : alors la vérité révélée risque d'être remplacée par le produit d'une simple philosophie religieuse.


Pour un Catholique, alors, autrement? Trente nous affirme:
  • que la Bible n'est pas source unique de la véritée, mais avec la Tradition;
  • que le Dimanche, le Signe de la Croix, des Prières importantes, les destins des personnes bibliques après - parfois aussi avant - leur mention dans la Bible, et pas le moindre, le Canon de la Bible nous sont connus de la Tradition et non pas des paroles dedans la Bible;
  • que le vrai sens d'un endroit de l'Écriture ne peut pas échapper à toute la Tradition, donc que là où la Tradition est unanime, il faut se tenir à son sens, et ne pas aller vers l'erreur d'Helvidius (qui n'était pas en cause chez Luther et Calvin, ils croyaient encore la Virginité Perpétuelle) ou le thnétopsychisme ou l'Arianisme ...


Trente nous n'affirme pas, par contre, que des paroles de la Bible doivent quand à leur sens historique être pris dans le figuratif là où des protestants les prennent au litéral. Nous n'avons pas eu autre Concile depuis pour condamner le Protestantisme classique. Vatican I était un supplément en ceci qu'elle condamnait surtout dans sa première partie le protestantisme libéral (l'ennemi des fondamentalistes aussi) et dans sa deuxième partie ce qui est commun aux Protestants, Gallicains et bonne partie des Orthodoxes sinon tous, le refus de l'autorité du Souverain Pontife, celui de l'Ancienne Rome. Vatican II non plus ne n'est pas une condamnation des fondamentalistes, si ce n'est pas en l'étant du Catholicisme Traditionnel et donc de Trente aussi et dans ce cas précis (et en des cas autres mais parallèles) Vatican II n'est pas un Concile.

Goûtons aussi les derniers mots cités: "si l'on met en péril l'inerrance de la Bible, tout est compromis : alors la vérité révélée risque d'être remplacée par le produit d'une simple philosophie religieuse." Pour un Catholique ça serait autrement? Georges Lemaître et Pierre Theilhard de Chardin sont alors des lumières de l'orthodoxie traditionnelle? Ils nous donnent la fine fleur de la Tradition quand aux premiers chapîtres de la Genèse? Ou ils philosophisent sur les données de leurs sciences humaines (et peut-être erronnées) et comment reconcilier la révélation - non pas en chaque détail selon le critère de Trente, et quand à certains chapîtres même pas grosso modo - avec leur philosophies?

Ainsi les fondamentalistes ne combattent pas seulement les excès ou les déviations qui peuvent affecter telle ou telle opinion tenue par certains spécialistes des sciences bibliques ; ce sont les sciences bibliques comme telles qu'ils recusent ou qu'ils contestent. En particulier, comme leurs positions se sont cristallisées et momifiées avant les études récentes sur "les genres litéraires" ...


Mais les positions catholiques aussi, si ce sont celles du Concile de Trente!

... ils interprêtent uniformement les textes bibliques comme s'ils étaient en permanence des définitions dogmatiques, des énoncés juridiques ou des affirmations péremptoires.


Sûr que l'abbé Carmignac n'avait pas besoin d'un exorciste? Selon le Concile de Trente aussi les textes bibliques, notemment comme interprétés par une tradition qui "s'est fossilisée ou momifiée" avant Trente et à plus forte raison avant les récentes études sur "les genres litéraires" étaient à prendre comme des définitions doctrinales et juridiques.

Qu'on aille chez Balsamon qui interprêtait un texte de St Basile comme obligation pour les soldats de s'abstenir de la Communion pendant toute la guerre et ensuite encore trois ans, ou qu'on aille chez la tradition canonique romaine qui dit qu'un soldat peut communier tant qu'il n'a pas tué, et encore après avoir tué en battaille juste, il resera autorisé à communier dès qu'il s'est confessé, les deux positions se basent sur le texte du livre des Nombres où les gens qui avaient tué des ennemis d'Israël étaient obligés à rester en dehors du camps pour sept jours pour se purifier après les tuéries. Les deux droits canon, chez Catholiques comme chez Orthodoxes, prennent donc ce texte comme un énoncé juridique. Et quid des "affirmations péremptoires"? Certes, un texte mal compris de la Bible, comme ça arrive chez les Protestants (modernistes comme fondamentalistes confondus) n'est pas et ne peut pas être péremptoire contre un texte bien compris, comme l'a l'Église Catholique. Mais ce même texte que les Protestants comprennent mal en argumentant contre l'Église et ses us, a quand même en sens qui peut être correctement compris. Et ce sens est péremptoire contre une quelleconque hérésie opposée à ce texte.

C'est d'ailleurs rare chez les Protestants (plus commun parmi les Calvinistes et les Catholiques que parmi les Pentécôtistes ou Méthodistes) de prendre les textes des Psaumes comme péremptoires contre l'aberration philosophique de l'héliocentrisme. Sur creation.com (ou CMI International), Lita Cosner et Jonathan Sarfati (les deux me semblent être Juifs Messianiques, au moins le deuxième) poussent la théorie du genre litéraire jusqu'à dire que les dires des Psaumes sont poëtiques et "donc" non à prendre à la lettre.

Selon Lita Cosner (qui écrit pour CMI), la phrase "sub umbra alarum tuarum" ne signifie pas que Dieu ait du plumage. Dans ma réponse* je valorise pour la vérité litérale de cette phrase, que Dieu a extendu ses bras en forme d'ailes sur la croix. Les fausses dieux cruciformes, ce sont "ailes d'oiseaux" qui forment l'horizontale de la croix. Chez le vrai Dieu crucifié, ce sont les bras qui formes ces ailes. Et Il les a extendus audessus les os d'Adam, qui se trouvait donc "sub umbra alarum" suarum. La liturgie orientale valorise ce verset dans ce sens pour Samedi saint (ou quelle que soit l'occasion de méditer sur la descente aux Enfers). Donc, genre poëtique ne signifie pas absence de véracité très litérale.

Mais quand à la Genèse, Lita Cosner donne précisément dans l'école des genres litéraires une analyse qui l'identifie comme texte historique et non comme texte poëtique.*

Les Adventistes et les Témoins de Jéhovah sont deux catégories de fondamentalistes qui attachent une importance spéciale aux prédictions de l'Apocalypse, mais sans tenir compte de leur valeur symbolique ...


Il y a des textes dont la valeur symbolise autre chose qu'une prédiction sur la dernière tribulation, certes. S'il y a des âmes sous l'autel de l'Agneu aux Ciel, c'est parce qu'il y a des réliques corporels sous les autels de l'Épouse de l'Agneau sur terre. Un point le plus souvent loupé par les interprêtes de l'Apocalypse de ce genre.

Par contre, que les prédictions elles-mêmes sur les dernières tribulations seraient tellement symboliques que n'en reste qu'une typologie, ce n'est pas ça la doctrine de l'Église Catholique.

Si on croit que l'Antéchrist regnera 3 ans et demi en persécutant les Chrétiens fidèles et qu'il est "le huitième" et "un parmi les sept", on ne risque pas d'identifier, comme le faisait Luther, la Papauté entre Saint Grégoire I et Léon X (avec successeurs qui également condamnaient Luther) avec l'Antéchrist. J'avais comme enfant, pas encore pubère, affaire avec des fondamentalistes comme ça, et je répondais, en bon inerrantiste à propos l'Apocalypse, que entre 500 et 1500 c'est mil ans** et non pas 3 ans et 6 mois. Donc, la Papauté ne pouvait pas être l'Antéchrist.

Qu'un faux pape le puisse être, ça c'est un autre propos. Cette accusation - celle des Protestants contre la Papauté - commença par Wycliffe quand les Papes d'Avignon et de Rome se déclaraient mutuellement "Antéchrist" (peut-être dans le sens qu'il y a plusieurs Antéchrists, comme quand l'Église Orthodoxe Russe déclarait Tolstoï "hérétique et antéchrist" il y a un siècle) et qu'il disait "les deux ont raison, l'un sur l'autre". Donc il y a eu des Papes qui ont dit que l'usurpation de la Papauté peut être une signe de l'Antéchrist ou des Antéchrists. Mais que la Papauté comme institution puisse être le fait de l'Antéchrist plutôt que de l'Église du Christ, ce n'est pas possible avec une lecture inerrantiste de l'Apocalypse comme prédiction.

En plus, si l'on croit que l'Antéchrist est un type plutôt que tel ou tel individu peut-être déjà venu sur terre, si l'on lit les 3 ans et demi de manière symbolique uniquement, exclusivement, on vient en conflit avec toute une litérature de l'Église. Les prophéties de Sainte Brigitte de Vadstena en Suède ou les ouvrages portant le tître Historia Antichristi ou la prière accordé à St Patrick qu'Irlande sera avalé par l'Océan sept ans avant le Jour de Jugement, pour éviter que les Irlandais vivant encore là soient exposés aux horreurs des Dernières Tribulations.

Maintenant à l'erreur clef de M. l'abbé Carmignac (que Dieu pardonne à son âme!):

Tous les fondamentalistes, puisqu'ils sont fidèles aux anciennes positions protestantes, sont de vigoureux adversaires du catholicisme, qu'ils rejettent aussi catégoriquement que le mondernisme.


Ceci était peut-être encore vrai pour le cercle autour de la campagne avec les brochures sur The Fundamentals. Il y a cent ans. Je ne le trouve aucunement vérifié chez les fondamentalismes de nos jours. Ceux qui combattent surtout l'athéisme - ceux qui "nous" disent que la Bible est fiable, que la création a eu lieu il y a quelques milliers et non pas quelques millions d'années, ceux qui défendent la Résurrection se trouvent obligés à être moins sévères avec le Catholicisme.

Sur CMI International on cite volontiers la Prima Pars de la Somme Théologique. Sur Tectoniks, on défend Pape Jules II et Pape Léon X de certaines des calomnies proférés par tel ou tel personnage amer, deuxième génération des réformateurs d'Angleterre.

Quand à Chick Tracts (et semblables, je me refuse de donner un lien à eux), qui effectivement attaquent amèrement l'Église Catholique, notemment en accusant Pie XII de complicité avec les génocides des Nazis, des Ustashi, et des Italiens en Éthiopie, ils se fient volontairement sur des sources anticatholiques qui ne sont pas fondamentalistes. Avro Manhattan - un homme né d'une famille juive néoyarkaise en Suisse - se trouve attribué des vertus les plus magnifiques, malgré l'aveu qu'il ne prenait pas la Genèse à la Lettre. Un franc-maçon anticatholique des États-Unis se trouve également cité, sans trop le disqualifier du fait qu'il n'est pas fondamentaliste. Maria Monk (que Chesterton avait dénoncé comme un escroc, compris comme tel même avant qu'il avait lui-même la moindre intention encore de devenir catholique) leur est familier et ils en donnent le texte. Entre eux et CMI il y a un monde de différence.

Rob Skiba aussi avec L. A. Marzulli, comme CMI ou Tektonics, ont d'autres chats à fouetter que l'Église Catholique. Et ce n'est pas sur Chick Tracts qu'on les trouve.

Après, on se demande lequel de ces deux groupes aura mieux le droit d'être considéré comme fondamentaliste - les anticathos, les plus farouchement antiécuméniques parmi les Protestants - ou les Apologètes pour Genèse et pour la Bible en général. Je ne suis pas sûr que Jean Carmignac nous aide vraiment. Regardons d'abord sa source:

Et pourtant l'étude du fondamentalisme est maintenant très facile : un de ses adversaires, le professeur James Barr, qui enseigne à Oxford et jouit d'une réputation internationale, a publié un livre de 379 pages, en typographie bien tassée, intitulé Fundamentalism (S.C.N. Press, Londres, 1977). Grâce à lui on peut maintenant répondre à la question : quest-ce que le fondamentalisme?


Énumérons ce qui me dérange:
  • un de leurs adversaires nous donne la bonne définition d'eux - la même méthodologie comme si on prenait Chick Tracts pour savoir quoi qu'on doive entendre par un "Catholique";
  • son œuvre est publié en 1977 - décade bien connu pour objectivité et honnêteté, non?
  • il enseigne à Oxford, mais l'ouvrage n'est pas publié à Oxford University Press mais à une édition à Londres - peut-être OUP n'a pas tellement apprécié la qualité académique?
  • sinembargo notre abbé croit maintenant pouvoir répondre à la question "quest-ce que le fondamentalisme?" - car James Barr est spécialiste et "à chaque spécialiste il faut faire confiance quand il parle dans le domaine de sa propre spécialité". Dicton thomiste très juste en soi (dès qu'on sait bien quelles peuvent être et quelles ne peuvent pas être les savoir spécialisés humainement accessibles et accessibles de manière objective non-controversielle), mais peut-être un peu abusé entre-temps qu'on a fait confiance à James Barr et à Georges Lemaître, non?


Je viens de vérifier (par une récherche google) que S. C. N. press Londres se spécialisent sur les "sciences bibliques" et qu'ils pourraient donc avoir eu un interêt de défendre leurs exégètes des critiques pertinentes des fondamentalistes.

Je viens aussi de vérifier que le modèle selon lequel les gens vivants de manière rustre, sans agriculture, dont on trouve les traces dans les fouilles dites paléolithiques déscendent d'autres hommes ayant connu l'agriculture, soutenu par CMI, a également été soutenu par le prologue des Commentarii Conimbricenses de la logique d'Aristote. Écrit non par des Protestants mais par des Jésuites. Juste un parmi les nombreuses parallèles entre les Cathos d'antan et les Fondamentalistes de nos jours. Contre les Démokritiens d'antan et les Évolutionnistes de nos jours.

Hans-Georg Lundahl
BpI, Georges Pompidou
St Vladimir de Kiev
et St Felix de Pavia
15-VII-2013

*Oxford Hebrew scholar, Professor James Barr, on the meaning of Genesis cité dans Is Genesis poetry? and Who was the father of hermeneutics? par Lita Cosner. Pour savoir sur notre débat, voici les liens rélévants:

Who is being divisive about creation?
A review of Seven Days that Divide the World by John Lennox
reviewed by Lita Cosner
http://creation.com/review-lennox-seven-days


Mes réponses:

Creation vs. Evolution : Answering Lita Cosner of Creation dot com on Galileo
http://creavsevolu.blogspot.com/2013/01/answering-lita-cosner-of-creation-dot.html


item : Continued from Last vs. CMI on Galileo Case
http://creavsevolu.blogspot.com/2013/01/continued-from-last-vs-cmi-on-galileo.html


Φιλολoγικά/Philologica : Wings of God?
http://filolohika.blogspot.com/2013/01/wings-of-god.html


**Comme le millénaire que "regnera" le Christ - j'avais une lecture futuriste du chapître 20 et je ne tenais pas encore compte de la "première résurrection" comme celle de l'âme (par baptême et par confession).

5 comments:

Hans-Georg Lundahl said...

Je serais sans piété envers Edgar Andrews, si je cachais que c'est avant 1982 que je l'ai lu, et qu'il était, quoique Protestant, plus catholique que moi à l'époque.

J'étais Luthérien et considérais donc la grace comme un état juridique. Lui, baptiste me semble-t-il, donnait de "vie spirituelle" une définition comme un état ontologique.

Hans-Georg Lundahl said...

Tektonics - Pope Leo X
http://tektonics.org/lp/popeleox.html


Ils revendiques pape Léon X contre calomnies protestantes classiques. Farouchement anticatholiques? Non. Pas cet article là au moins. Et pourtant au sujet de l'Église Catholique.

Hans-Georg Lundahl said...

Psaume 151, en anglais

Hans-Georg Lundahl said...

Et Tektonics sur la fille de Jepthah comme première moniale

Hans-Georg Lundahl said...

Qu'il faille interpréter autrement qu'on l'a fait certains récits de la Bible, ce n'est pas contestable; qu'il faille tenir compte du génie oriental, si différent du nôtre, admettre des récits symboliques, poétiques, comme certains passages de Job ou autres, ce n'est pas douteux [sic]; mais qu'il faille sacrifier la vérité historique des dix premiers chapîtres de la Genèse, cela me paraît inadmissible. Alors il n'y a plus de raison pour ne pas rejeter le côté miraculeux du livre : tout sautera, même le Nouveau Testament. Les catholiques qui soutiennent ces témérités répondent que l'Église infaillible sera toujours là pour nous éclairer; c'est une erreur, car l'Église ne saurait intervenir à chaque instant dans les questions de faits. ... Eudoxe Irénée, évêque de Fréjus et Toulon, Fréjus le 23 octobre 1909, mon extrait de sa préface (et ma réserve vis-à-vis la-même) au Dictionnaire Biblique de Vigouroux.

Assorted retorts from yahoo boards and elsewhere : ... on Jephthah's daughter - bien que, comme dit, tektontv admettent que la fille de Jephthah était quasi "la première moniale," ils n'admettent pas la recommendation des autres comme relevant de I Cor 7.