Wednesday, July 10, 2013

Rapprochons encore une fois Evelyn Waugh et Gilbert Keith Chesterton


Il y a des lecteurs de PRÉSENT parmi les miens, j’espère, et ils savent que samedi il y avait un article sur Louis Veuillot. Dedans celui-ci est comparé avec deux autres convertis, les anglais Chesterton et Waugh, différant du mode de conversion par le fait de ne pas avoir rejoint une secte à abjurer (comme les anglais ont dû abjurer l’anglicanisme), et en termes d’œuvre ressemblant plutôt à GKC qu’à EW. Comment ça? D’abord : GKC et Veuillot étaient avant tout des journalistes et leurs romans avaient un message à l’époque, tandis que Waugh était romancier et artiste avant tout, ses romans durent encore … ils sont « a joy forever » pour parler avec Keats (Ode to a Grecian Urn).

Bon, là ils me lâchent. Je ne suis pas d’accord avec cette manière de comparer Chesterton et Waugh.

Sebastian Flyte est immortel – avec son nounours Aloysius* avec ses hospitalités en fraises et champagne, ses leçons d’un gentil cynisme données au raconteur de Brideshead Revisited, sa conviction d’avoir une vocation qu’il ne souhaite pas tandis que son frère le séminariste manque la vocation. Il est surtout immortel dans les traits de cet acteur qui ressemble un peu à Macauley Culkin mais en adulte, qu’on voit dans la série télévisée. Relire Evelyn Waugh ne me manque pas tellement, car après avoir lu Le Cher disparu pendant le service militaire, je suis devenu un peu allergique aux cynismes de son auteur.

Si après avoir revisité Brideshead et surtout Oxford dans la compagnie de Sebastian Flyte je veux davantage de ça, je ne vais pas vers Evelyn Waugh, mais vers une payenne et lesbienne, une Finlandaise**, une dessinatrice de BD qui fait un style mélangé entre Ligne Claire et Art Nouveau, dans les bandes dessinées destinées aux adultes mais beaucoup lues par les enfants et prises comme litérature enfantine, que sont les Moumine. Elle s’appelait dans la vie mortelle Tove Jansson.

Je voudrais peut-être davantage de cette tristesse discrète avec laquelle le raconteur devenu militaire pendant la II GM revoit Brideshead ? Bon, Tove Jansson a aussi décrit les Moumine dans des romans, dont Sent i november, un roman avec la tristesse de l'absence. Et toujours sans le cynisme assez brutal du roman Le Cher disparu par Waugh.

Est-ce un gain pour le catholicisme que Waugh a essayé le roman ? Je ne crois pas. Je crois que le message véhiculé par Tove Jansson est plus catholique que celui par Evelyn Waugh (à part la beauté de la liturgie latine, chose qui me dépassait quand je voyais la série, et la grandeur parfois tragique des questions de vocation).

Mais à l’autre auteur catholique converti … on vient de faire un tort à Gilbert Keith Chesterton en disant qu’il était plus journaliste et donc moins artiste et romancier. D’abord, comme Tove Jansson, il était dessinateur avant d’être écrivain. Mais ensuite il a écrit davantage de choses qui me semblent mémorables. Même du simple point du romancier.

Father Brown a plus de substance artistique que Le Cher disparu. Car aux cynismes de ses criminels s’ajoute la charité chrétienne et la compréhension du curé jésuite. Il arrive même parfois à sauver des gens du suicide et du meurtre. Surtout du suicide.

Et quand à l’artistique, il y a tous les « skyscapes » (paysages de ciel) qui donnent atmosphère à tant de récits. Comme le jour ensoleillé et la neige qui craque sous les pieds pendant la promenade de Père Brown et de son ami Flambeau dans The Sign of the Broken Sword.

Mais ce n’est pas juste qu’il est un plus grand écrivain qu’Evelyn Waugh, comparable à Tove Jansson mais en catholique quand, une fois converti, il écrit les histoires de Father Brown (cinq collections). Il l’est déjà avant sa conversion catholique, en écrivant des romans comme The Man Who was Thursday, ou The Flying Inn. Ou le permier que j'ai lu, celui-là en traduction allemande: The Return of Don Quixote. Il l’est encore déjà dans sa première période comme raconteur, avant de même être décidé pour la foi chrétienne, quand il écrit The True Story of Jack the Giant Killer.

Celle, vous savez, dans laquelle Jack pointe son épée vers la plante du pied du géant pour qu’il perce son pied lui-même sur l’épée, ensuite le géant donne un immense coup de pied à Jack qui vole par l’air assommé et survit presque par miracle. Et quand il se réveille (avec une sale douleur de tête), il voit le géant encore en train de sautiller sur un seul pied, et enfin tomber par manque d’équilibre dans l’océan, où il se noie car incapable de rester debout, très tard au soir devant les yeux du pauvre Jack. Mais sans l’épée de celui-ci, le géant aurait gardé son équilibre et continué à terroriser les gens.

Encore dans la série d’historiettes appelée The Club of Queer Trades il est un bon écrivain et un esprit catholique, même avant sa conversion catholique. Le premier de ces métiers étranges est l’invention avant le mot du Live Role Playing. Ou d’une forme avancée de ceci qui n’a pas encore été essayée.

Il ne manque pas davantage en artisterie ni en esprit catholique en répondant à Herbert George Wells qui venait d’écrire The Outline of History, avec sa propre version de la silhouette de l’histoire humaine, The Everlasting Man. L’argument apologétique est assez semblable à celui du Discours sur l'Histoire universelle par Bossuet. Il a pu le connaître, car il était francophile (et lecteur du français) et il avait été catholique déjà trois ans quand il le publiait.

L’article de samedi passé oppose Evelyn Waugh et Gilbert Keith Chesterton en encore un aspect : Chesterton, comme Veuillot, a été journaliste (l’article laisse faussement sous-entendre « à dépense de son artistique ») et donc il a voulu se rendre utile.

Ceci est indubitable. C’est également indubitable qu’en voulant se rendre utile, Gilbert Keith Chesterton n’a pas demandé l’avis de Philippe Ploncard d’Assac ou des Templiers à Saint Nicolas du Chardonnet pour savoir comment. Il a voulu se rendre utile en écrivant la vérité telle qu’il le connaissait. Pas du tout en demandant l’avis d’une éminence grise quelle vérité ou demi-vérité serait le plus opportun. Cette démarche là il aurait considéré non comme le fait de se rendre utile au grand public, mais comme une trahison envers ses lecteurs.

Hans-Georg Lundahl
Boulogne-Billancourt
Sept Frères Martyrs à Rome
fils de Sainte Félicité
10-VII-2013

*Luigi Gonzaga ne latinisait pas son nom en Ludovicus (peut-être parce que les chiffres romains donnent 666 ou 664, selon ce que le dernier i est ajouté au v avant ou détracté au c après), il le grécisait en Aloysius. Pour un catholique anglophone, Aloysius est donc le nom de « Saint Aloysius Gonzaga » (St Louis de Gonzague) – ainsi pour Sebastian Flyte aussi – et pour les autres anglophones, Aloysius est, si ça dit quelque chose, surtout le nounours de Sebastian Flyte.

**Finlandaise et peut-être pas Finnoise. Le nom de famille comme le prénom sont suédois, elle a donc pu appartenir à la minorité suéco-finlandaise. Sent i november = tard en novembre.

1 comment:

Hans-Georg Lundahl said...

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