Friday, August 10, 2012

Si On Dit "La Réalité Reste Hétéronome" - Comprenez-Vous?


C S Lewis dans le livre anglophone Miracles (première édition en 1947, il n'avait pas encore commencé d'écrire Le Monde de Narnia à l'époque) et un Jésuite Belge Roger Lenaers dont le livre vient de paraître et la traduction française est par Edouard Mairlot (mai 2011 éd. Golias?) discutent les deux une distinction philosophique assez importante: les uns disent qu'il y a un ciel au-dessus de la réalité terrestre et que la terre vit de jour en jour du dictat du roi du ciel, ce que CSL nomme "supranaturalisme" et RL "hétéronomie de la réalité" et les autres que tout l'univers est gouverné par les mêmes lois inchangeables que la terre (par exemple que tout ce qui vit meurt), ce que CSL nomme "naturalisme" et RL "hétéronomie de la réalité".

Aujourd'hui CSL n'est plus parmi nous. Un supranaturaliste pourra peut-être espérer qu'il est auprès du roi des cieux, un naturaliste ne l'espère pas. Ses livres restent parmi nous, et pour les proches les mémoires de lui comme personne - en partie des mémoires partagées avec les lecteurs. RL reste parmi nous: même un supranaturaliste ne va pas dire qu'il soit déjà au ciel, sauf peut-être quand il célèbre la messe, pourvu qu'elle soit valide. Dans ce cas, d'ailleurs, il commet avec ses péchés contre la foi un sacrilège contre les hosties réellement consacrées, ce qui est pour lui-même pire.

Bien, Bultmann disait à peu près la même chose que RL, et je dis à peu près la même chose que CSL : Bultmann et RL que NOUS SAVONS que la vision "hétéronome" ou "supranaturaliste" du monde est refutée comme une erreur de la période infantile de nos connaissances; CSL et moi que nous ne savons absolument pas du tout ça, que nous avons au contraire des excellentes raisons à croire encore dans la vision "hétéronome" et "supranaturaliste" du monde et plus précisemment parmi les visions "hétéronomes" et "supranaturalistes" celle qu'on appelle Christianisme. C'est à dire pas ce que Bultmann ou RL veulent que le Christianisme devienne, mais cette vision même que le Christianisme a été pendant 2000 ans.

Tous les 4, nous sommes d'accord que l'opposition à la croyance dans une réalité céleste qui est audessus de la réalité terrestre et qui la forme est une opposition qui vient soit des découvertes scientifiques, soit d'une certaine acceptation de ces découvertes. Et tous les 4 qu'au moins cette acceptation là est très commune.

Fine nuance: CSL considérait, au moins assez longtemps (par exemple en écrivant Miracles ou en écrivant The Problem of Pain) que non seulement la découverte de l'héliocentrisme est de la vraie science et une vraie découverte, mais la découverte de l'évolution entre les poissons et mammifères, à travers amphibiens et reptiliens aussi. Donc aussi l'évolution de l'homme à partir des êtres non rationelles. Moi, je ne considère pas ces découvertes comme des vraies découvertes. Je ne vais donc peut-être pas aussi beaucoup que lui dire qu'elles ne changent rien d'essentiel pour la réalité en deux étages (ou selon CSL trois, car il pose le monde des anges ENTRE celui de la Trinité et celui de la réalité visible et tangible), mais plutôt qu'elle ne sont pas prouvées à moins de présupposer en avance la vision "plate" de la réalité, celle où soleil et nous et les frontières de l'univers s'il en a (comme diront les tenants de cette vision) sont faits par la même matière et obéissent aux mêmes lois, et si le soleil nous régit c'est uniquement puisqu'il est plus grand.

Mais je vais insister tout aussi que CSL que le Christianisme au service de cette nouvelle vision, dite "scientifique" de la réalité, à contraire de ce qu'affirment Bultmann et RL, n'est pas possible. On pourra tirer des leçons pour la vie des mots de Jésus même sans croire qu'Il est Dieu fait-Homme, comme le font parfois les Musulman et certains des Juifs (comme Pinchas Lapide), mais pas vraiment plus que de Bouddha ou Mahomet ou pourquoi pas abbé Pierre.

Si la réalité est "plate", si ses niveaux sont le même ou les mêmes pour moi et pour un grain de sable et pour toute la vasteté du cosme, alors on peut croire en un Dieu sans être fou, on serait juste ignorant, mais on ne peut pas s'identifier à ce Dieu non-existant sans être en plus fou. Quitte à qui veut de dire qu'Il était un fou très génial, mais on préfère peut-être les rationnels aux fous géniaux, non? Si par contre Jésus n'était pas fou ni fourbe, alors Il était vrai Dieu comme Il disait et alors la réalité est aussi divisée en "le ciel et la terre" et dans "les choses visibles et les choses invisibles" pour citer la Genèse et le Crédo de Nicée-Constantinople (et Florence, si on veut) à propos de Dieu le Créateur.

J'aime bien que Barbarin (Cardinal - si on reconnait Benoît XVI comme Pape) a dit que la première page de la Bible a quelque peu plus raison que les parlements de la terre et même de France, à propos le "soyez fertils et procréez-vous", mais j'aimerais aussi qu'il donne raison à la distinction entre créateur, créature céleste et créature terrestre. J'aimerais aussi qu'il s'oppose à la capote d'abbé Pierre (qui s'oppose comme "le mariage homo" à l'injonction de fertilité) et le "nouveau christianisme" de Roger Lenaert (qui s'oppose à cette distinction).

Un hareng rouge devrait ête éliminé le plus tôt possible de la discussion: que Jésus n'avait pas autre modèle à sa disposition que de s'exprimer selon les catégories usuelles de la réalité hétéronome ou du supranaturalisme. Il existait bel et bien un naturalisme autour de la Méditerranée, il était divisé dans une école panthéiste et éthique nommé Stoïcisme et une école atomiste et égocentrique nommé Épicurisme. Il existait même en Israel, au moins à un état dilué, puisque si le mot "Dieu" n'était pas nié par les Sadducéens, au moins ses internventions dans le monde, la résurrection future et les anges au présent, étaient niées par les Sadducéens.

Si Jésus avait été un naturaliste, s'Il avait été dans la moindre mesure d'accord avec la réalité terrestre comme chose autonome, alors Il aurait tout simplement pu se déclarer Sadducéen. Il ne l'a pas fait, comme on sait.

Mais en ne pas se déclarant Sadducéen, n'a-t-Il pas été rusé, n'at-t-Il pas fait une adaptation assez rationelle dans cet entourage? Bon, les Sadducéens ne pouvaient pas se plaindre de souffrir de leur "manque d'adaptation:" ce ne sont pas eux qui sont finis sur la croix.

Donc, je vous laisse avec exactement le même choix que vous laissa CSL: Jésus était fou ou fourbe ou Dieu. Mon choix dedans, Il était et Il reste Dieu. C'est ça que je défends, c'est ça que mes adversaires attaquent. À moins qu'il s'agisse d'adversaires purement personnels ou dans les applications morales ... j'ai survécu à SSHL comme supranaturaliste entouré par naturalistes et parfois les Nouvel Age, ce n'est pas parce que des naturalistes me donnent du café les samedi matins (car je soupçonne qu'il s'agit des "cathos" comme Roger Lenaert "Societatis Jesu") que je change mes convictions. Je suis entré à SSHL comme floument Protestant mais pas cathophobe et Créationniste, j'en suis sorti comme Catéchumène Catholique et toujours Créationniste, opposé au Protestantisme à cause de la Réforme. Après encore quelques tentatives de me changer les attitudes je suis devenu Géocentrique aussi.

Hans-Georg Lundahl
Georges Pompidou/Beaubourg
Jour de St Laurent
10-VIII-2012

1 comment:

Hans-Georg Lundahl said...

Je ne dis pas, que les athées trouveraient une éthique vraiment meilleure chez abbé Pierre que chez Notre Seigneur, je dis juste que cette éthique est plus à leur porté, malheureusement. Pour clarifier avant que surgisse des malentendus!