Sunday, November 17, 2013

René Girard n'a pas raison

La wikipédie sur René Girard (je cite quelques parties du texte):

René Girard est professeur de littérature française aux États-Unis à la fin des années 1950 et cherche une nouvelle façon de parler de littérature. Au-delà de la « singularité » des œuvres, il cherche ce qu’elles ont de commun et s’aperçoit que les personnages créés par les grands écrivains évoluent dans une mécanique de rapports que l’on retrouve d’un auteur à l’autre : « Seuls les grands écrivains réussissent la peinture de ces mécanismes sans la fausser au bénéfice de leur Moi : on tient là un système de rapports qui, paradoxalement ou plutôt pas paradoxalement du tout, varie d'autant moins que les écrivains sont plus grands. » Il existerait donc bien des « lois psychologiques », comme le dit Marcel Proust.


Oh ... encore un de ces savants de la litérature qui trouve que la tâche des romanciers est d'être psychologue.

Il y en a tellement. Ils s'imitent mutuellement.

Je redoute que parmi ses grands écrivains il n'y ait pas les écrivains du Moyen Âge, ni les épopées de l'Antiquité grécoromaine (tragédies, peut-être - il est capable de mal lire Antigone). Je redoute que ne manquent aussi les contes de fée.*

Ces lois, ou cette mécanique, si bien décrites par les romanciers, René Girard en dégage et formule clairement le fondement : le caractère mimétique du désir. Tel est le contenu de son premier livre : Mensonge romantique et Vérité romanesque (1961).


Désir et mimétique sont deux facteurs indépendants. Le non-désir aussi peut être mimétique.

Mais le désir n'est pas mimétique dans sa nature plus que le désir d'imiter n'est borné au désir dans sa nature.

Il y dans la construction de soi toujours un élément de mimétisme. Dans le rejet comme dans le désir comme dans le ni-rejet, ni-desir, comme les facultés (langage par exemple) ou les savoirs. Pas juste dans l'acquisition, mais de l'acquis de l'un dans la propre acquisition d'un autre. Dans le cas que les acquis se transmet aussi en écrit, on est en mimétisme aussi des décédés.

Ça ne veut pas dire que le désir soit plus mimétique que quoi que ce soit d'autre dans l'homme.

Et pourtant, René Girard semble se pencher sur le cas que les désirs de deux personnes - y compris d'une autre personne - les mettent en mimétisme avant de les mettre en rivalité, ou pendant.

Dans chaque rivalité il y a un risque de mimétisme, sans que ça en soit la base, dans la mesure que la rivalité devient une guerre, car dans la guerre il y a forcément mimétisme. Entre Staline et Hitler - ou entre Montgomery et Rommell. Entre Scipion et Hannibal.

Entre Einstein et Georges Lemaître aussi.

Il peut y avoir un refus de mimétisme - conscient refus et donc spécifique pour certains aspects. Un Pied-Noir ne va pas imiter si facilement telle ou telle position qu'il identifie lui-même comme de FNL, et il ne vas normalement pas imiter certains actes grossiers de barbarie que les pieds-noirs décrient chez la guerre de FNL. Mais il va imiter pas mal d'autres aspects de l'Algérien Arabe ou Kabyle sans y penser. Il va être moins lié au confort matériel que les Français restés en France, il va être moins apte à se mettre au combat syndical pour ça même, il est probable que lui, il est associeux comme le Hollandais est religieux par imitation de la société musulmane du Maghreb. Il semble aimer les Tsigans moins que les autres français.**

Un homme traqué par psychiatres (ou se croyant tel) va risquer de devenir (au moins vis-à-vis eux et leurs alliés) un analyste à leur style, même en l'ayant détesté au début.***

Ça se peut, tout et la plupart de ça se peut sans aucun mimétisme entre les désirs à la base. Même rivalité de désir ne dit pas toujours mimétisme du désir.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
Dimanche et
S:te Élisabeth de la Hongrie
17-XI-2013

* L'article cite en effet Proust, Stendhal et Dostoïevski ... comme lus par René.

** Ceci pourrait en partie expliquer le mauvais accueil qu'ils ont eu en 1962 en arrivant en France. Des gens qui n'aiment pas les mœurs arabes ou musulmans mais qui n'osent pas dire ça à propos les Arabes Musulmans ont osé le montrer vis-à-vis des Chrétiens Français arabisés et islamisés. En occurrence les pieds-noirs. Un père André "prêtre vrai" avait écrit des parties de cette biographie qui cite son journal. Il rencontre sur un bateau Camus ou quelque chose, en état un peu déplorable (noir sous les yeux, ongles en deuil) et réfléchit que par là "la philosophie existentialiste se refute elle-même" ... bon, réflexion assez puritaine, un Juif impie l'aurait pu faire à propos un Capucin ou à propos Isabelle la Catholique avant la chute de Grenade. Mais un Catholique? Pourtant, père André était un Catholique et de la Tradition. De même, les Espagnols, qui ont combattu les Maures pendant des siècles, sont parmi les premiers à demander la dispense de distribuer la Sainte Eucharistie aux fidèles sous une espèce (siècles avant le Concile de Trente) et quand ils partagent une bouteille ils ne la touchent pas avec les lèvres.

*** Tolkien met en relief le risque des combattants pour le bien de vouloir avoir les mêmes moyens que ceux du mal à leur disposition - et comment ça risquerait de devenir un mimétisme vers le mal. C'est un des grands thèmes du Seigneur des Anneaux.

2 comments:

Antoine Débois said...

La seule chose qu'on apprend grâce à votre article, c'est que vous n'avez pas lu René Girard.
La lecture est l'étape décisive d'une critique d'un auteur, et vous référer à wikipedia pour juger de cet homme nous permet de vous juger vous. Dommage.

Hans Georg Lundahl said...

Non, on apprend encore:

1) que René Girard vient de dire - en resumé par qqn d'autre sans doute - que: les personnages créés par les grands écrivains évoluent dans une mécanique de rapports que l’on retrouve d’un auteur à l’autre : et encore, ses propres mots: « Seuls les grands écrivains réussissent la peinture de ces mécanismes sans la fausser au bénéfice de leur Moi : on tient là un système de rapports qui, paradoxalement ou plutôt pas paradoxalement du tout, varie d'autant moins que les écrivains sont plus grands. »

2) Il a tort de chercher sa thèse psychologique en chaque "grand écrivain" et il a tort de considérer que les écrivains sont plus ou moins grands selon ce qu'ils illustrent sa thèse psychologique.

En davantage de détail que dans ce petit résumé.

Il y a une chance infime que la wikipédie lui prête une thèse toute autre que la sienne.

Dans ce cas, j'ai donné la clef à la correction en la citant. Si l'article avait été inexacte, vous auriez pu dire en quoi, au lieu de faire ce lieu commun.

Il y a une chance grande qu'il y a d'autres côtés que ça, chez lui.

D'abord, je ne les juge pas. Quand je viens de dire qu'il n'a pas raison, je ne veux pas dire qu'il n'ait pas raison de dire que 2*2 = 4, mais dans ce côté ci. Ensuite, celui-ci semble être central.

Je n'ai pas directement jugé René Girard comme auteur. J'ai jugé sa thèse, tant qu'elle m'est connue, comme étant erronnée.

Tant que vous n'avez pas prouvé que la wikipédie en ait donné un résumé incorrect, j'ai raison de réfuter ce que je sais.

Par contre, si la thèse que je viens de réfuter n'est pas la sienne, ou s'il a des argument pour la défendre que j'ignore, vous êtes, comme l'ayant lu, en position de me renseigner là-dessus.

Reste que des psychologues, en général, ont de mauvaise presse chez moi.

Il me semble que leur soit central le fameux ΓΝΩΘΙ ΣΕΑΥΤΟΝ qui était aussi à l'honneur à Delphes.

Et après la lecture de la Tragédie Grecque, ainsi que du Chant VI de l'Énéide, il me semble évident que ce culte là était diabolique.

DONC, les psychologues font du diabolisme au moins inconscient, ils sont des augures et divinateurs qu'on fait bien d'éviter.

Je ne l'aurais même pas commenté, si ce n'était pas qu'un vieil ami de moi en était indûment impressionné.