Thursday, May 19, 2011

"L'ordonnance de 1351"

Jean Rouvière en écrit une chose dans PRÉSENT d'aujourd'hui.

Admettons d'abord qu'elle est inspiré par Justinien. Il y a dans le Codex Juris Civilis le décret "In incertum" qui pénalise comme esclaves fuyards les mendiants qui sont sains de corps et "inertes". Merci d'ailleurs à Bibliothèque Ceccano à Avignon pour en avoir fourni la lecture il y a qqs ans.

Ajoutons un peu.

D'abord, il y a une côté esclavagiste de cette ordonnance. Un non-qualifié qui n'a pas de problèmes de santé et qui mendie est reputé égal d'un esclave fuyard, on doit d'abord chercher le maître, mais s'il n'y a pas le dénonceur devient maître par le fait de dénoncer. Ajoutons que si l'esclavage a été aboli dans le monde chrétien - surtout le monde chrétien occidental - malgré ça, c'est que la conscience chrétienne s'y est melée en donnant aumônes aux gens qui pourraient autrement risquer de devenir esclaves.

Et les évêques ont essayé de prévaloir sur l'application du décret en le mitigeant en pratique. L'État Romain sous Justinien était malgré la confession chrétienne déjà obligatoire (sauf pour les juifs) encore un état servil.

"Inert" n'est pas exactement la même chose qu'oisif. Quelqu'un qui sait faire la cueillette mais n'y trouve pas travail n'est pas inert, ni oisif. Celui qui sait écrire mais n'y trouve pas de revenu n'est certainement pas inert, même s'il est oisif. Car préférer l'écriture à la cueillette peut être considéré comme oisiveté, mais non comme inertie, inert voulant dire "sans art" ou "sans savoir professionnel". Chez St. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, on trouve une interprétation, certes non du décret de Jean le Bon, mais bien du décret "in incertum". L'humilité chrétienne obligérait toujours à apprendre un nouveau métier, tant que ça sera nécessaire par manque de revenu dans le métier ou dans les métiers déjà appris, tandis que "les ordonnances des empéreurs" limitent dans ce cas les obligations d'apprendre un nouveau métier au nombre de deux qualifications en total.

Merci.*

Maintenant à l'ordonnance de 1351. Jean Rouvière la cite dans ces mots:

On pourrait citer aussi la celèbre ordonnance du roi Jean le Bon, en 1351, contre les oisifs et les mendiants : les "oiseux" qui "ne veulent exposer leur corps à faire aucune besogne". La mendicité par ceux qui sont "sains de corps et de membres" fut interdite. Des sanctions sévères étaient prévues pour ceux qui continueraint à être "oiseux ou jouant aux dés ou mendiants". ...


Un peu donc comme "in incertum". Mais continuons:

Et le roi demandait aux clercs et aux prédicateurs d'inciter, dans leurs sermons, les fidèles à ne pas faire aumône "à gens sains de corps et de membres, ni à des gens qui puissent faire des besognes dont ils puissent gagner leur vie, mais les donnnent à gens contrefaits, aveugles, impotents ou autres misérables personnes".


Rien de plus juste que de dire les estropiés d'abord. Par contre dire en plus "les oisifs pas du tout" est une lecture un peu contestable d'un passage de St Paul. On a la liberté de ne pas donner aux gens qu'on juge oisifs, mais ce n'est pas une obligation. Sauf biensûr selon une théologie morale gallicaine ou les clercs suivent cette ordonnance. Ou selon une priorité avec aumônes pour les plus dignes déjà prévues.

C'est un peu drôle que l'an de l'ordnnance est l'année après le décès de Till L'Espiègle:

DIESEN STEIN SVL NIEMAN ERHABEN
HIE STAT TIL UHLENSPIEGEL BEGRABEN
ANNO MCCCL JAAHR


Il avait su se faire virer par maître après maître - notons, maîtres dans le sens des Jurandes, pas dans le sens de l'esclavagisme. La France aussi aura un personnage qui savait ne pas se plier à cette ordonnance: François Villon. Poëte et criminel. Homme conscient des Dernières Choses et qui a laissé un poëme détaillant les prières qu'il voulait avoir:

Repos éternel donne à cil
Et clarté ...


C'est moins drôle que cette ordonnance vient un siècle et demi ou deux avant Montaigne et Erasme et Rabelais - attaqueurs des frères mendiants. Et, une fois que les ordres mendiants ont été attaqués, notemment dans les pays où les disciples Réformateurs d'Erasme avaient bon succès, on est vite allé à une mesquinité principielle envers tout mendiant, même invalide, et vers une exigeance de volonté de prendre emploi sur des conditions de plus en plus contraignants et de moins et moins lucratifs pour l'employé. Léon XIII - Rerum Novarum - dénonçait la condition des travailleurs sous l'industrialisme contemporain comme pire que l'esclavagisme antique.

Notons que sous les conditions de l'industrialisme il n'est pas possible pour chacun même sain de trouver emploi. Posons le cas que chaque homme a besoin de pain, alors déjà Banette en France, et encore d'avantage Pågens en Suède (où les boulangeries de proximité sont reduits à boulangéries-pâtisseries) reduit le nombre de personnes employés si utilement dans la panification par rapport à la population. Posons le cas que chaque homme veut de préférence porter chaussures ou sandales, la machine McKay (utilisé par les Nordistes pendant la Guerre entre les États et depuis) et d'autres reduisent le nombre de cordonniers par rapport à la population. Le tracteur et la machine à traire ont reduit le nombre des paysans par rapport à la population totale et le nombre des entreprises libres fermiers (en Espagne sous Franco, en France sous de Gaulle, en Suède sous les Socialdémocrates, un peu plus à l'Est sous les communistes dans la plupart des pays).

Quand une moindre portion du peuple est employée utilement, une plus grande sera par même soit employée moins utilement, soit pas du tout, soit pour des emplois imposés par l'état plutôt que par les entreprises et leurs clients. Qu'il s'agisse des professeurs dont les élèves ne sont pas heureux dans les collèges et les lycées, qu'il s'agisse des policiers, qu'il s'agisse - maintenant! - des gens sur RSA faisant leurs cinq heures (l'article de Jean Rouvière ne précise pas s'il s'agit de cinq heures par semaine ou par mois) peut-être en emplois contraires à leurs consciences par contenu (comme recevoir chez des gens qui font de la publicité pour IVG ou pour la contraception) ou par solidarité syndicale (comme prendre le travail prévu pour les éboueurs), peut être en emplois acceptés par une forme de lâcheté ou par manque de réflection. Parfois dicté par l'idéologie acatholique de telle ou telle association. Ou, pire encore, des gens donnant emplois à la psychiatrie en touchant, même contre leur gré, une Allocation Adulte Handicapée pour une pseudo-diagnose psychiatrique.*

Donc, l'industrialisme n'est pas un moment propice pour faire une ordonnance comme celle de Jean le Bon. Rappelons que St Louis IX, l'ami de St Thomas d'Aquin avait d'autres coûtumes, chaque jeudi accueillant à la table royale douze mendiants. Les deux sont aussi antérieurs au gallicanisme.

Précisons que l'aumône est d'abord individuelle, et que ni l'état laïc ni les mouftis, ni les professeurs d'école, et après l'âge adulte ni même les parents ont un droit quelconque à limiter l'aumône donnée par chacun ou d'exclure telle personne réellement pauvre de l'aumône de tierce part.

Hans-Georg Lundahl
Versailles
19-V-2011

* Pour ma part, je fais valoir dans ce sens, l'écriture et la composition musicale. La cause évidente pourquoi des gens sympathisants du gallicanisme ou du sarkozysme veulent dévaloriser mes prestations dedans. Les bibliothèques municipales de Paris font - à l'instant de mon écriture - une forme d'ostracisme en bloquant blogger et parfois blogspot précisement en tant que "blogs et sites personnels". Lien.

** séries I et II et III contre la psychiatrie et contre diagnoses bidon.

3 comments:

Hans-Georg Lundahl said...

Pour que mon écriture et mes compositions profitent à autrui avant moi, il y a des dispositions précisées sur ces liens ci:

Conditions pour les articles et poëmes, en français et en anglais.

Et pour mes compositions, anglais et français.

Dispositions qui existent depuis assez longtemps pour que mes échecs ne datent pas juste du manque d'interêt spontané, mais plutôt d'une méfiance envers mes choses sur internet systématiquement cultivée.

Hans-Georg Lundahl said...

Parait que cette ordonnance n'était que locale:

Ordonnance sur les métiers de la ville de Paris

Les effets démographiques de la grande peste entraînent une raréfaction de la main-d’œuvre et des produits agricoles. Pour éviter une inflation dont les effets sont très mal perçus à l'époque, le roi bloque prix et salaires par ordonnance du 30 janvier 1351 à l’instar de ce qu’a fait Édouard III avec le statut des travailleurs en 1349. L’ordonnance interdit aussi la mendicité car l’inactivité aggrave la pénurie de main d’œuvre et les vagabonds peuvent être recrutés dans les bandes de mercenaires non soldés qui déjà sévissent dans le pays. Enfin chacun peut s’établir comme artisan dans Paris, ce qui brise le système des corporations et contribue à empêcher la hausse des prix (les corporations fixent l’autorisation d’exercice et les prix pratiqués). Dès lors, cette mesure permet de limiter l'inflation dans un premier temps, mais n'empêche pas à moyen terme le marché de réguler les prix en fonction de l'offre et de la demande. On sait qu'en Angleterre, après promulgation d'une ordonnance analogue, les prix ont recommencé à augmenter après une génération.


selon la wikipédie

Hans-Georg Lundahl said...

Notons que ce n'est pas en faveur des salariés, ni des entrepreneurs en tant que tels, mais des consommateurs en tant que tels à dépense des entrepreneurs en tant que tels et des entrepreneurs en tant que tels à dépense des salariés en tant que tels.

Tant que ça reste local, une personne peut avoir des bonnes chances de regagner en tant que consommateur ce qu'il perd en tant que salarié.

On universalise, et c'est une autre histoire. Jean le Bon ne le faisait pas.