Friday, March 16, 2012

L'Article Genèse, DTC, signé E. Mangenot

Un E. Mangenot nous cite d'abord quelques principes avec une ingresse que je trouve moins exacte que l'énumération même des principes. Celle que je donnerais ensuite, avec mes commentaires.

Nous ne prétendons pas toutefois que Moïse a écrit le livre de la Genèse, de la première à la dernière ligne. Depuis le XIe siècle de notre ère au moins, des savants juifs et chrétiens ont admis que quelques additions avaient été faites à l'œuvre primitive:


J'interromps la citation pour faire l'énumération avec commentaires intercalés.

  • "des modifications y avaient été introduites comme gloses ou explications de termes difficiles ou changements de termes anciens en termes plus récents"
    En soi et théologiquement possible, dès que soit les termes originaux soit leurs équivalents en d'autres termes sont sauvegardés: on ne change pas le sens en échangeant le mot equus pour caballus des que caballus veut déjà dire cheval et rien d'autre. De l'autre part très difficile à décéler. Car dans l'exemple latin on juge sur l'ancienneté ou la récence des termes à partir des dates des œuvres. Donc on ne peut pas commencer la démarche inverse entre les parties d'un livre qui est reputé le plus ancien dans le corpus d'une langue.

    Quand aux gloses qui dirait que Moïse n'ait pas pu les y mettre lui-même?

    Edito: des changements qui impliquent le perte d'une partie du texte semblent exclus dès que Notre Seigneur a dit: iota unum non peribit.
  • "enfin au cours des siècles, des fautes de transcription de la part des copistes inattentifs ou maladroits y ont pénétrée et y sont demeurées."
    Dans tous les éditions accessibles? Non. Sauf si l'erreur textuel n'en est pas quand à la vérité. On change une forme verbale simple en intensive (une distinction qui existe dans les langues sémitiques, dont l'Hébreu de Moïse) et la chose était réellement aussi digne d'un intensif, quoique Moïse en modeste l'ait mit en forme simple, ça passe encore.

    Edito: perte de lettres semble exclu, par le même texte du Seigneur.*
  • "D'autre part, Moïse a pu se servir de sécrétaires, qui travaillaient sous ses ordres, sa surveillance et sous sa responsabilité, par conséquant en son nom, ..."
    Ça passe. Dès que Moïse n'ait pas laissé passer une erreur.
  • "...qui l'aidaient à recueillir et à ordonner les documents et à rédiger son texte."
    Possible. Ne me paraît pas probable si Moïse l'a écrit dans le désert avec beaucoup de temps. Aurait plutôt été indiqué pour une rédaction à vitesse pressée. Par contre, il a eu d'informateurs, c'est autre chose.
  • "Enfin, écrivant sur des époques anciennes et parlant d'événements dont il n'avait pas été le témoin, Moïse a été obligé de consulter la tradition orale de sa nation et de compulser [qu'est-ce que ça veut dire comme mot?] même, s'il y en avait déjà des documents écrits, listes généalogiques, récits, poèmes et chants, etc. qu'il a utilisés et insérés même ou fait insérer dans le trame de son livre."
    Oui, mais alors c'est lui qui a vérifié la vérité de ce qu'il cite comme vérité. Et vu qu'il l'a eu sous ses yeux ou sous ses oreilles, en ayant jugé il l'a formulé de façon convenable, y compris de façon litéralement identique à sa source, s'il le trouvait exacte. S'il a réécrit une généalogie comme partie d'une œuvre plus vaste, alors il a écrit cette œuvre plus vaste et l'insertion comme parti de ça. Contrairement à Mangenot, je ne considère pas un cas comme ça comme une réelle exception à ce que Moïse ait écrit le texte - pas non plus que l'usage des sécrétaires. Il en avait certes eu comme prince d'Égypte, il en avait certes du et aussi pu s'en passer en faisant le berger de Jethro.


Voici l'énumération des principes, ensuite leur statut:

Ces principes admis par les exégètes catholiques, ont été approuvés le 27 juin 1906 par la Commission Biblique et par Pie X. Voir Denzinger-Bannwart, Enchiridion, 11e édit., n. 1998 sq.


Notons, d'après mes commentaires intercalés, je n'ai rien nié dans ces principes. Retournons à Mangenot.

Ces circonstances expliquent donc pour une part au moins les divergences du style constatées, si plusieurs mains ont travaillé à l'œuvre commune et les indices d'une époque postérieur à Moïse, si on a fait à son écrit des additions ou des modifications plus ou moins considérables et si les copistes y ont introduit des fauts plus ou moins nombreuses de transcription. Le nombre des additions et des modifications, quoique relativement peu considérable, au sentiment de la Commission biblique, n'est pas fixé, et puisque le principe est légitime, il peut être étendu autant que l'exigera une étude critique, à la fois savante et prudente.


Ces lignes sont un passage d'un article signé E. Mangenot. En effet l'article Genèse dans le Dictionnaire de la Théologie Catholique est divisé en deux, et les deux sont signés Mangenot. Mais ici il s'agit du premier, le passage est des colonnes 1195-1196, volume 6, 1e partie, Falcius à Geson. Et les emphases sont les miennes - pour marquer mes désaccords très forts.

Un principe peut être légitime comme une possibilité théorique à tître d'exception (l'insertion de gloses après Moïse, par exemple), mais devenir illégitime des qu'on prétend le nombre des applications étant tel qu'on ne puisse plus parler d'exception très rare. Si la Commission biblique avec le Pape St Pie X a fait exprès d'exprimer qu'il doit s'agir, si du tout, d'un nombre assez restreint, alors à quoi bon prétendre se reclamer de cette même Commission et de ce même Pape, comme d'une autorité véritable, si après on se sent libre à dire qu'alors il peut y avoir encore d'avantage d'ajouts post-mosaïques? Au moins Mangenot aurait été honnête en disant alors, qu'il croyait que la Commission biblique et la Pape se soient trompés.

Une œuvre transmise de manière que de contenir beaucoup des gloses postérieures à sa rédaction (identiques entre les manuscrits extants et les traductions extantes, y compris la LXX, et nul part identifiés comme gloses par le fait de se trouver dans la marge) c'est de prétendre à une transmission fautive. On n'a pas besoin d'avoir une transmission transcendente d'un texte déjà transcendant comme texte pour avoir une transmission simplement correcte. Sauf biensûr là où les versions divergent, la LXX et le texte Masorétique ne peuvent pas avoir raison tous les deux sur certaines choses, comme l'âge des patriarches quand ils ont eu leurs fils entre Adam et Noë. La transmission a pu être inégalement correcte dans les diverses traditions, sans forcément nier qu'il y ait une parfaitement correcte.

Précisons que je puise dans la sagesse d'un Clive Staples Lewis, l'essai Fernseeds and Elephants, qu'il écrivit en polémique contre des Protestants plus modernistes que lui-même. Comme Bultmann.

Hans-Georg Lundahl
BpI, rue du Renard
16-III-2012
St Clément Marie Hofbauer

*Les Edito sont ajoutés le jour de St Patrick.

3 comments:

Hans-Georg Lundahl said...

Theses a Ludovico Eugenio Bautain iussu sui episcopi subscriptae, 8 sept. 1840 (et 18 nov. 1835); (sous Grégoire XVI); Theses de fide et ratione oppositae fideismo

2751 1622 1. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu et l'infinité de ses perfections (-!). - La foi, don du ciel, suppose (est postérieure à) la revélation; elle ne peut donc pas convenablement (- !) être alléguée vis-a-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu (cf.DS 2812).

2752 1623 2. La divinité de la (La) révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme.

2753 1624 3 . La preuve, (de la révélation chrétienne) tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament (-! ), dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer l'incrédule qui la rejette ( ceux qui la rejettent) ou a ceux (-!) qui sans l'admettre encore, la désirent.

2754 1625 4. On n'a pas (point) le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines; et ces preuves sont déduites (de la même tradition) par le raisonnement.

2756 1626 5. Sur ces questions diverses, la raison précede la foi et doit nous y conduire (L'usage de la raison précede la foi, et y conduit l'homme par la révélation et la grâce) (cf. DS 2813).

2757 1627 6. Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, il lui reste assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude l'existence de Dieu, la révélation faite aux Juifs par Moïse, et aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu (La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de la révélation faite aux Juifs par Moïse et aux chrétiens par Jésus-Christ).
______________________
précisement!

Hans-Georg Lundahl said...

Précisement, car le degré de certitude que je reclame pour le texte (partie intégrante de la tradition) est à la fois très probables et requis pour les preuves raisonnables.

Hans-Georg Lundahl said...

D'ailleurs, je n'ai rien contre la deuxième partie de l'article sur la Genèse - avec les prophéties messianiques qui pointent à Notre Seigneur Jésus-Christ comme le vrai Messie.

Ce n'est pas parce qu'E. Mangenot est un peu trop niais quand aux théories de la Higher Criticism textuelle que ses observations sur l'exégèse patristique perdraient leur valeur.