Wednesday, November 24, 2010

Quelle discrépance de critères entre Buican et Bloch ...

Buican - je n'ai pas son livre à côté, ça fait quelque semaines depuis la lecture. Mais - c'était dans l'avant-propos ou le premier chapître, crois-je - présume que l'image qui domine tellement l'imagination d'épouvante, celui de Dracula le vampire, serait une mémoire d'avant-humanité, des époques ou "nos ancêtres" reptiliens auraient vécu sous les regards terrifiants de Tyrannosaurus Rex. Le résultat comme archétype Jungien serait alors en même proportion à nous que T Rex à "nos ancêtres":

Quasi: Reptilien pré-mammifère : Tyrannosaurus Rex
=
Petit mammifère pré-primate : tigre à dents de sabre
=
nous : Dracula de Bram Stoker


On peut biensûr se poser la question si nous avons jamais eu des "ancêtres" tellement reptiliens que pour eux Tyrannosaurus Rex aurait le même mélange de familiarité physionomique et menace monstrueux que le Dracula de Bram Stoker a pour nous. Car, on peut se poser la question si l'existence temporelle des choses commences juste avant le début de l'histoire sacré ou des milliards d'années avant les premiers hominides entièrement préhistoriques1. Mais, il y a là un principe qui est vrai:

une mémoire collective peut garder les proportions et le sens général tout en changeant les détails.


Or, c'est ce que semble avoir oublié (au moins un peu) Raymond Bloch, quand il nie la possibilité que Rome ait eu une origine délimitée pré-étrurienne. Série que sais-je? n° 216, Les Origines de Rome: ch. V.

Il est bien évident que la création ex nihilo telle que Tite-Live ou Virgile, nous l'avons vu, la présente, n'est qu'un pur récit légendaire et qu'il nous faut retrouver la réalité historique masquée par ce recit. ... Mais l'archéologie révèle des vestiges très antiques de colonisation sur la colline dont, du reste, la tradition fait le berceau de Rome, le Palatin. ... Il faut sans doute identifier le village situé sur le Germal, croupe ouest du Palatin (la croupe est étant le Palatual), avec le village romuléen dont nous parle la tradition.


Voici une note en bas de page, mes extraits:

Des restes de cabanes dont la base était creusée dans le roc, et de la céramique datant des VIIIe, VIIe siècles, ont été découverts, au début de 1948, sur la croupe du Germal.


La tradition nous parle d'une ville romuléenne, pas d'un simple village. Or, la différence entre ville et village n'est pas vérifiable par l'archéologie. Car si proportion de taille il y en a, et si taille inférieure est village, taille supérieure ville, on peut difficilement savoir quelle était la taille d'une ville politie et quelle était la taille d'un village dépendant au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.

D'un côté:

Taille X = ville au VIIIe S. av. J. Chr.
= village au XXe S. A. D.


Mais d'un autre côté c'est parce que:

Taille X (fouilles du Germal) : Romulus au VIIIe S. av. J. Chr.
=
Taille Y (Rome actuelle) : nous au XXe S. A. D.


Car en fin du compte, ce n'est pas la taille qui fait une ville, c'est le fait d'avoir un régime de ville, plus précisement de ville-état, qu'il faut pour la Rome de Romule, pas loin du fait que si Rome est une ville capitale pour l'Italie, le Vatican est une ville-état, en soi.

Je re-cite d'ailleurs les mots qui m'ont plus le plus dans la note en bas de page: cabanes dont la base était creusée dans le roc. Quelque part dans l'évangile on trouve l'affirmation que sage est celui qui creuse la base de sa cabane dans le roc, et viendra le vent et viendra la pluie, et la cabane tiendra, car sa base est solide. L'évangile ne dit pas cabane mais maison, dans le texte? Mais, avec les tailles modestes de l'époque de Romule, on peut bien croire que ces cabanes étaient des vraies maisons, considérées comme telles socialement.

Je crois avoir par là même révindiqué au moins la moitié de ce que Raymond Bloch attaque dans le témoignage de la tradition de Tite-Live. Pour les concernés, ce qu'on a trouvé sur le Germal était une ville avec des maisons, même si pour nous ça ressemble un village avec des cabanes.

Vient chapître VI. Je cite:

Historiquement donc, la création de Rome a bien dû se passer comme la légende nous la décrit. Et tout d'abord un prêtre entièrement voilé, le bâton augural à la main, interrogea les auspices, se renseigna sur la volonté des dieux, de son lituus il traça un templum dans le ciel, et il vit, d'après le vol des oisaux qu'il y put observer, que les dieux étaient favorables au dessein des hommes. Alors le fondateur, de sa charrue tirée par une vache et un bœuf blancs, traça le sillon qui devait marquer dans le sol les limites de la future ville. Il rejeta la terre à l'intérieur de ce sillon et ainsi fut délimité le pomœrium, cette zone sacro-sainte qui entoura d'une sorte de tabou la cité naissante.


C'est bien pensé au moins qu'avant de tracer quoi que ce soit sur le sol, il faut avoir les idées claires sur le ciel. Même aujourd'hui on trace le temple dans le ciel avant de le faire sur le sol: car les églises sont orientées, c à d tournées vers le Soleil Levant. Et toujours on devait faire les églises avant les maisons. Si on ne le fait plus, c'est que les héliocentriques ont tracé autre chose dans le ciel que La Croix du Sud comme portail du Paradis Céleste, puisque constellation cruciforme.

Au moins la cérémonie décrite est celle telle que la tradition l'a donné à Tite-Live. Mais cette tradition est passé par une période étrusque. Est donc possible, quoique pas du tout certaine que ça serait une projection en arrière des nouvelles modalités pour la fondation d'une ville:

Quasi: Rite X (comprenant un sillon ou autre limite que Remus ait ensuite franchi) : Romulus au VIIIe S. av. J. Chr.
=
Rite Y (précité) : les Étrusques du VIe S. av. J. Chr.

mais est également possible que:

Rite de Romule au VIIIe S. av. J. Chr. = Rite habituel des Étrusques du VIe S. av. J. Chr.


Comme d'ailleurs le rite habituel des Étrusques du VIe S. av. J.-Chr. est très probablement identique à celui des Romains du Ier S. av. ou après J.-Chr., quand par exemple ils ont fondé Augusta Treverorum (Trier en allemand, Trèves en français). Car, même si Romulus n'était point Étrusque, il est possible que les idées religieuses étrusques étaient déjà dans l'air. D'où l'invalidité de la conclusion suivante, je continue immédiatement la citation du chapître VI:

Mais cette cérémonie solennelle, que la tradition attribue, nous l'avons vu, au légendaire Romulus, et place vers le milieu du VIIIe siècle, fut lœuvre de l'envahisseur étrusque, qui, conquérant le Latium, apporta avec lui les coutumes et rites de fondation urbaine, ...


D'abord je ne suis pas sûr d'avoir lu en Tite-Live ou ailleurs quoi que ce soit sur une invasion étrusque. Une certaine période Rome avait une suite des rois dont le premier et le dernier étaient d'origine étrusque, mais ça ne prouve pas une invasion. Ni que les étrusques eux-mêmes étaient les premiers d'apporter en Latium leur rites de fondation urbaine.

... et rassembla un bloc unique, en une véritable cité ...


- c'est à dire selon les critères postérieures au VIIIe S. av. J. Chr. -

... les villages encore mal unis entre eux qu'il trouve perchés sur les collines tibérines.


Ça me parait donc un peu plus probable. C'est d'ailleurs soutenu par les trouvailles archéologiques. Mais ça n'équivaut pas une négation prouvée de la fondation par Romulus. Le chapître prochain nous donne encore une citation fort contestable:

En vérité voici un tableau de la vie constitutionnelle de la Rome primitive qui parait bien détaillé et ceci ne peut manquer de nous en faire suspecter un peu l'exactitude.


Pourquoi? Chez la fondation fédérative par George Washington, Jefferson, Franklin et al. on ne remet pas en doute l'exactitude de la constitution écrite. Serait-ce uniquement parce que nous avons le manuscrit originel des founding fathers?

Ici encore l'historiographie romaine a transposé dans une époque fort lointaine des institutions d'un temps postérieur.


Pourquoi ça? C'est une pure divination, presque etrusco ritu!

Les tyrans étrusques n'ont pu accepter de voir leur pouvoir aussi étrangement limité alors qu'ils avaient pour eux la force des armes.


Ah, d'accord!2 Oui, les rois étrusques comportaient au moins un tyran. Oui, la constitution romuléenne n'est pas tyrannique. Alors elle est postérieure aux tyrans étrusques. Et la force d'armes pour les tyrans, ça doit biensûr être la fait primitif! Mais non! Le premier roi de Nod avait sa vendette pour lèse-majesté limité à vendette septuple, ce n'est qu'après qu'on a vu une septième génération demander une vendette septua-septuple. Et peut-être le septième roi de Rome sans postérité nous renseigne pourquoi la généalogie de Caïn s'arrète avec le septième, lui aussi tyrannique.

Hans-Georg Lundahl
In Pompidoliana Bibliotheca
Lutetie Parisiorum
die 24 novembris A. D. MMX

1C'est la question exactement que je réponds en faveur d'une existence courte du créé sur Creation vs Evolution, dont le régistre français (qui est pour messages sur un autre blog) est plus général que le régistre anglais.

2Ironie.

4 comments:

Hans-Georg Lundahl said...

Renseignements Bibliographiques:

Denis Buican: Dracula et ses Avatars [Priceminister]

Raymond Bloch: Les Origines de Rome; coll. que sais-je? [critique sur un blog]

Hans-Georg Lundahl said...

... le fait qu'une histoire ressemblant à celle de [La gardeuse d'oies] ... est raconté au XIIIe siècle [de] la mère de Charlemagne, ne prouve vraiement rien ni dans l'un sens ni dans l'autre ... On ne saurait assurément déduire de ce fait en soi que ce ne fût pas vrai de la mère de Charlemagne, encore que ce soit là le genre de déduction que l'on tire le plus fréquemment de cette sorte de preuve.

Faërie, par JRRT, chapître Origines.

Hans-Georg Lundahl said...

See also this essay about Aineias and Aineia

Hans-Georg Lundahl said...

En anglais, vers la fin réflection sur irrélévance de pure grandeur pour une ville en autre coin de la Méditerranée antique:

http://switchboard.nrdc.org/blogs/kbenfield/understanding_urbanism_from_a.html