Wednesday, December 27, 2017

David Vincent parle d'un Jean pas fils de Zébédée


Son* texte source est en partie ceci:

«Nous célébrons donc avec exactitude le Jour, sans ajouter ni retrancher. En effet, c’est en Asie que se sont couchés de grands astres, qui ressusciteront au jour de l’avènement du Seigneur, quand il viendra du Ciel avec gloire et qu’il recherchera tous les saints : Philippe, l’un des douze apôtres, repose à Hiérapolis avec ses deux filles qui ont vieilli dans la virginité ; son autre fille, qui a vécu dans le Saint-Esprit, repose à Ephèse ; et encore Jean, qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, et qui est devenu prêtre portant la lame d’or, témoin et docteur de la foi ; celui-ci repose à Ephèse ; Polycarpe de Smyrne, évêque et martyr ; et Thraséas d’Euménie, évêque et martyr ; il repose à Smyrne. »


Les mots saillants sont:

et encore Jean, qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, et qui est devenu prêtre portant la lame d’or, témoin et docteur de la foi ; celui-ci repose à Ephèse


La conclusion qu'en tire David Vincent, signalons qu'il est protestant, est, que Jean était un Cohen, "prêtre portant la lame d'or". Il n'arrive pas à l'esprit qu'un prêtre du nouveau testament, un apôtre ou un de ses successeurs, pourrait être décrit ainsi.

Il veut avoir une confirmation de ceci, en partie, d'une ressemblance de Papias, cité après Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, III, 39, 4.

Arrivons à cette référence, excusez l'anglais:

Church History (Book III)
http://www.newadvent.org/fathers/250103.htm

Chapter 39. The Writings of Papias.

4. If, then, any one came, who had been a follower of the elders, I questioned him in regard to the words of the elders— what Andrew or what Peter said, or what was said by Philip, or by Thomas, or by James, or by John, or by Matthew, or by any other of the disciples of the Lord, and what things Aristion and the presbyter John, the disciples of the Lord, say. For I did not think that what was to be gotten from the books would profit me as much as what came from the living and abiding voice.

5. It is worth while observing here that the name John is twice enumerated by him. The first one he mentions in connection with Peter and James and Matthew and the rest of the apostles, clearly meaning the evangelist; but the other John he mentions after an interval, and places him among others outside of the number of the apostles, putting Aristion before him, and he distinctly calls him a presbyter.

6. This shows that the statement of those is true, who say that there were two persons in Asia that bore the same name, and that there were two tombs in Ephesus, each of which, even to the present day, is called John's. It is important to notice this. For it is probable that it was the second, if one is not willing to admit that it was the first that saw the Revelation, which is ascribed by name to John.


Dans d'autres termes, Eusèbe lui-même préfère léguer l'Apocalypse à "Jean le presbytre". Ou en connaît qui le préfèrent, au moins, et leur montre de la sympathie. Et, il le fait en donnant une conjecture.

Notons, il n'est pas notre meilleur ami dans le jugement.

Il omet toute référence à la découverte de Ste Hélène, celle de la Sainte Croix (voir dessus Stephan Borgehammar, How the Holy Cross was Found). Par contre, Eusèbe n'ose même pas dire que tel ou tel autre aurait voulu attribuer l'évangile à l'autre Jean.

En partie, David Vincent suit des gens comme Cullman:

Ainsi Oscar Cullman, après avoir minutieusement étudié l’évangile conclut que le disciple bien aimé, ne peut pas être Jean l’Apôtre. Mais il le laisse dans l’anonymat.

De mon côté, tout en partageant ses observations et ses conclusions, je pense que l’on peut aller plus loin et identifier ce disciple à Jean le Presbytre, comme l’ont fait avant moi Jean Colson, Jacqueline Genot-Bismuth. « Portrait robot » du disciple bien-aimé

Tout d’abord, il faut noter que l’auteur du quatrième évangile a une très bonne connaissance de Jérusalem, aussi bien de la topographie que des habitudes. En revanche, il ne semble pas du tout connaître la Galilée.

Par ailleurs, ce disciple est aussi en relation avec les milieux sacerdotaux :

« Simon Pierre, avec un autre disciple, suivait Jésus. Ce disciple était connu du souverain sacrificateur, et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur; mais Pierre resta dehors près de la porte. L’autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit, parla à la portière, et fit entrer Pierre. » (Jean 18 : 15-16).

On peut aussi signaler qu’il donne le nom du serviteur blessé par Pierre, Malchus (Jean 18 : 10), qu’il rapporte les entretiens secrets entre Jésus et Nicodème (Jean 3), et qu’il semble être au courant des délibérations qui ont lieu parmi les responsables religieux (Jean 7). La mention récurrente de Nicodème (Jean 3, 7 et 19) pourrait être un indice témoignant du fait que ce disciple connaissait bien Nicodème. Si mon hypothèse est juste, il se trouvait d’ailleurs dans une situation semblable, puisque comme Nicodème, il croyait à Jésus, mais dissimulait cela à ses proches.


Là, Cullman et David Vincent raisonnent en partie sur une supposée invraisemblance que les sacerdoces aaroniques auraient connu le fils de Zébédée.

De là, David Vincent est prêt à faire un petit fan fiction sur l'identité du disciple bien aimé. Il aurait été un prêtre aaronique excommunié par le temple et reçu par les disciples. Un indice pour ceci est qu'il a connu Nicodème, ce que la tradition explique par la conversion ouverte plus tard de celui-ci.

J'ai fait moi-même un fan fiction, mais dans un autre sens.

Zébédée était connu des suédois comme Thorr (ou à l'époque plutôt Thounorz). Son père était connu des suédois comme Odin (ou à l'époque plutôt Vodenz). Cet Odin était aussi connu des prêtres juives et des rabbins, car on le retrouve, confondu avec Théodas et avec Notre Seigneur, dans le Talmud et dans l'infame Tolédot Yéchou.

Si j'ai raison, les sacerdoces devaient très bien connaître cette famille.

Quel indice est-ce que trouve dans l'évangile que Zébédée était Thorr?

Boanerges ne veut pas linguistiquement dire "fils de tonnerre", donc, la phrase ajouté après Boanerges, "c'est à dire fils de tonnerre" était un explication autre que linguistique du mot.

Thorr était effectivement "la tonnerre" pour les païens. Et le Yéchou évoqué comme mauvais disciple d'un rabbin, comme coureur de jupes (au moins en désirs, selon les mots de son maître), celui qui (si c'est dans le Talmud ou dans la littérature talmudique plus large) apprit la magie en Égypte, il est, comme Simon Magus, un bon candidat pour Odin historique, le séducteur des suédois.

Et quand à Simon Magus il vit trop tard, puisque l'arrière-petit-fils adoptif d'Odin est contemporain avec César Auguste (selon Snorre, pas selon Saxo). Autrement son profile moral assez tard, selon les Actes de St Pierre, et le même que pour Odin.

Ma théorie sur Zébédée est donc, il avait suivi son père dans l'idolatrie et l'exile, il était revenu pour faire pénitence, et on lui l'a accordé. Il ne pouvait plus devenir rabbin, comme l'avait voulu une fois son père, mais il pouvait vivre comme pêcheur.

Que les sources nordique l'appelle "fils de Jord/Jórð" - de la Terre - a bien pu être un malentendu d'une phrase hébreue comme "ben ha-eretz" - fils du pays (référence à soit son lieu de naissance, soit son allégiance pour la Terre Sainte).

Si ma théorie ne vaut pas les pères de l'église, elle vaut largement Cullman et ce genre de Protestant libéraux. Un roman de fan fic vaut bien un autre.

Pour revenir à l'argument donnée par rapport à Polycrate, cité à partir d'Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 2-4.

2. We observe the exact day; neither adding, nor taking away. For in Asia also great lights have fallen asleep, which shall rise again on the day of the Lord's coming, when he shall come with glory from heaven, and shall seek out all the saints. Among these are Philip, one of the twelve apostles, who fell asleep in Hierapolis; and his two aged virgin daughters, and another daughter, who lived in the Holy Spirit and now rests at Ephesus; and, moreover, John, who was both a witness and a teacher, who reclined upon the bosom of the Lord, and, being a priest, wore the sacerdotal plate.


Il n'arrive pas à l'esprit que l'épiscopat chrétien ait pu s'approprier assez tôt les marques des cohanim, en certain particuliers, comme, il me semble ici, l'éphode?

Quant à la désignation "présbytre" qui en terminologie courante de l'église désigne un simple sacerdote, qui ne peut transmettre le sacerdoce par la chéirotonie, un converti de l'anglicanisme a considéré que dans la génération du nouveau testament les termes "présbytre" et "épiscope" avaient les valeurs inverses qu'après. Et "sacerdotal plate", "lame d'or", regardons le grec:

ἔτι δὲ καὶ Ἰωάννης  ὁ  ἐπὶ  τὸ  στῆθος  τοῦ  κυρίου  ἀναπεσών,  ὃς  ἐγενήθη  ἱερεὺς  τὸ  πέταλον  πεφορεκὼς  καὶ μάρτυς  καὶ  διδάσκαλος·  οὗτος  ἐν  Ἐφέσῳ  κεκοίμηται,  ἔτι  δὲ  καὶ  Πολύκαρπος  ἐν  Σμύρν


Richard Bauckham** comments:

According to Polycrates, John was “a priest, wearing the highpriestly frontlet (to petalon).” We must give some attention to the word petalon, which I have translated here as “the high-priestly frontlet.” The Jewish high priest in the Jerusalem Temple wore an elaborate headdress, which is carefully described by Josephus (Ant.


En d'autres mots, il pourrait s'agir d'une forme de chapeau plutôt que d'un éphode. Dans ce cas, ce lieu serait une attestation "tôtive" des chapeaux des prêtres dans les rites orientaux.

Mais jouons un peu le jeu de David Vincent. Accordons un moment - pour cette discussion - que l'auteur des écrits johanniques, le disciple bien-aimé, était un vieux cohen expulsé du temple et accueilli parmi les disciples de Jésus. Ceci ne change rien en ce qui concerne l'inerrance des écrits johanniques. Dieu utilise qui Il veut, et les cohanim étaient assez souvent les instruments de Dieu dans l'Ancien Testament. Ils étaient l'autorité qui désignait tel ou tel livre comme partie du canon. Il paraît deux fois, une fois par Ezra, une deuxième fois, après l'exile, par un prêtre maccabéen - ce qui explique que le canon des LXX contient davantage que les 22 livres d'Ezra. En plus, qu'il était cohen et qu'il connaissait le temple très bien ne change aussi rien à ce qui concerne le contenu à l'époque surtout futuriste de l'Apocalypse : le temple avait une fonction prophétique. La seule chose qui changerait - et pour ça je n'accepte pas cette théorie - est que la tradition à propos le texte serait moins fiable. Je n'ai pas de raison à croire ceci.

Hans Georg Lundahl
Créteil
St Jean l'Apôtre
27.XII.2017

* Les citations sont à partir de:

Didascale : L’auteur et le but de l’Apocalypse
http://didascale.com/lauteur-but-de-lapocalypse/


**Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony
https://books.google.fr/books?isbn=1467446807

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